Dans moins de 3 semaines, des milliers de finalistes de l’Ituri affronteront l’épreuve la plus attendue de leur cursus : les Examens d’État. Mais cette année, la fièvre n’est pas seulement scolaire. Elle est aussi sanitaire. Avec la résurgence d’Ebola dans la région, l’afflux de candidats venus de zones touchées fait naître une vraie inquiétude dans la population.
1. Une ruée vers les « centres porteurs »
Comme chaque année, le phénomène des migrations scolaires s’accentue à l’approche de juin. Des élèves quittent Ruwampara, Mambasa, Komanda, mais aussi le Nord-Kivu et d’autres provinces. Destination pour Boga en territoire d’Irumu et autres centres d’examen réputés pour leurs résultats.
Pour ces finalistes, l’objectif est clair : maximiser leurs chances de décrocher le diplôme. Pour les parents, c’est un investissement lourd. Mais pour les habitants des zones d’accueil, cette concentration massive de jeunes venus d’horizons divers pose question en pleine alerte sanitaire.
2. Ebola : le spectre qui plane sur les bancs
La crainte est légitime. Comment respecter les gestes barrières avec des salles bondées ? Comment contrôler l’état de santé de chaque élève venant de zones épidémiologiques sensibles ? Les marchés, auberges et transports en commun autour des centres risquent de devenir des points de contact à haut risque.
« On ne refuse pas l’éducation à nos enfants, mais on ne veut pas non plus enterrer nos enfants à cause d’un examen », confie un habitant de Boga sous anonymat. La population redoute que ces regroupements ne transforment les examens en accélérateur de propagation du virus.
3. La proposition des citoyens : décentraliser pour sécuriser
Pris entre l’urgence éducative et l’urgence sanitaire, les habitants ont choisi d’interpeller directement le pouvoir. Dans une correspondance adressée lundi 8 juin au gouverneur militaire de l’Ituri, ils formulent une demande concrète : la création de centres d’examen supplémentaires.
Bunia, Boga, Djugu, Mahagi… L’idée est de rapprocher les centres des élèves et d’éviter les longs déplacements et les concentrations extrêmes. « Désengorger Boga, c’est réduire les risques pour tout le monde », plaident-ils dans leur lettre.
4. Le défi des autorités : concilier droit et devoir
Le gouvernement provincial fait face à une équation difficile. D’un côté, il a le devoir de garantir le droit à l’éducation et à l’examen pour tous les finalistes. De l’autre, il a la responsabilité de protéger la santé publique dans une province déjà meurtrie par les conflits et les épidémies.
Les services de l’EPST et de la santé publique devront donc coordonner leurs actions : dépistage à l’entrée des centres, kits de lavage des mains, distanciation, sensibilisation. Mais avec les moyens limités et le temps qui presse, la tâche s’annonce ardue.
Conclusion : Un examen de maturité pour toute la province
Au-delà du diplôme, l’Ituri passe un autre test : celui de sa capacité à protéger ses enfants tout en leur ouvrant l’avenir. La décision du gouverneur militaire est attendue dans les prochains jours. Elle devra rassurer à la fois les élèves, les parents et les communautés.
Car si un diplôme ouvre des portes, il ne vaut rien si on n’est plus là pour le brandir. L’équation 2026 en Ituri est donc simple : réussir les examens, sans rater la santé.
Jeremiah UPAR
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