Face à une surpopulation carcérale explosive, l’auditorat militaire de garnison de Beni a ordonné mercredi 14 octobre la libération de 84 détenus de la prison urbaine de Kangbayi. Au total, 40 civils, 40 militaires et 4 policiers ont quitté la prison dans le cadre d’une mesure exceptionnelle de désengorgement. Tous étaient poursuivis pour des infractions mineures ou croupissaient en détention préventive depuis des mois sans jugement.
« Les 40 militaires, poursuivis pour violation de consignes ou perte d’effets militaires, ne sont pas pour autant libres de tout. Ils ont reçu l’ordre de se présenter immédiatement à l’état-major du secteur opérationnel Sukola 1 Grand Nord pour être réaffectés dans leurs unités respectives. Les civils et les 4 éléments de la Police Nationale Congolaise ont pu regagner leurs familles après régularisation de leurs dossiers par la justice militaire ».
2 395 détenus pour 250 places : l’enfer de Kangbayi
Si cette libération apporte un peu d’air, elle reste une goutte d’eau dans l’océan. Avant l’opération, Kangbayi comptait 2 395 détenus, dont 88 femmes, pour une capacité de seulement 250 places, soit près de dix fois sa capacité.
Cette promiscuité inhumaine a transformé la prison en mouroir. Depuis près de deux ans, les décès en détention se multiplient à cause des conditions sanitaires déplorables, du manque de nourriture et de soins.
Cette décision fait suite à un plaidoyer insistant du Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l’Homme (BCNUDH) de la MONUSCO à Beni, qui alertait depuis des mois sur la violation grave des droits fondamentaux des détenus et le risque d’une catastrophe sanitaire à Kangbayi.
Malgré cette vague de libérations, la prison la plus peuplée du Nord-Kivu reste en état d’urgence humanitaire.
Muhindo Joseph
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