Devant la Communauté de Sant’Egidio, à Assise, le 26 octobre 2026, le Cardinal Fridolin Ambongo Besungu a lancé un vibrant plaidoyer pour la paix en République démocratique du Congo. Dénonçant les conséquences humaines de la guerre, l’exploitation des ressources naturelles et le blocage du dialogue national, l’Archevêque métropolitain de Kinshasa a rappelé que la paix véritable ne se construit ni par les armes ni par l’exclusion, mais par le dialogue, la justice et la reconnaissance de l’autre comme un frère.
« Qui prépare la guerre finit par la faire, et ce sont toujours les pauvres qui la paient. » Cette déclaration résume la profondeur du message porté par le Cardinal Fridolin Ambongo Besungu lors de son intervention devant la Communauté de Sant’Egidio, réunie à Assise, en Italie, autour du thème de la paix dans un monde de plus en plus marqué par le recours à la force.
Quarante ans après la journée de prière pour la paix organisée à Assise à l’initiative du pape Jean-Paul II, le prélat congolais a dénoncé la banalisation de la puissance militaire et la conviction selon laquelle la préparation de la guerre serait le meilleur moyen de garantir la paix.
Pour lui, la force qui s’impose par les armes, l’argent et la domination révèle davantage une faiblesse qu’une véritable puissance. Lorsqu’une société renonce à convaincre et à dialoguer, elle finit par considérer l’autre non plus comme un frère, mais comme un obstacle à éliminer.
S’appuyant sur l’enseignement de l’Église catholique, le Cardinal Ambongo a rappelé que la guerre constitue un échec de la politique et de l’humanité. Une réalité particulièrement douloureuse pour la République démocratique du Congo, confrontée depuis plusieurs décennies à une crise sécuritaire dévastatrice dans sa partie orientale.
L’Est de la RDC, victime de la guerre et de la convoitise des richesses
Évoquant la situation de son pays, le Cardinal a dressé un tableau alarmant des conséquences du conflit dans l’Est de la RDC : des millions de morts, plus de six millions de déplacés internes et plus de 26 millions de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, selon les chiffres des Nations unies qu’il a cités.
Il a également évoqué la chute de Goma aux mains de l’AFC/M23 en janvier 2025, puis celle d’Uvira en décembre de la même année, soulignant le contraste entre la multiplication des initiatives diplomatiques et la persistance des combats sur le terrain.
Pour le prélat, cette situation pose une question fondamentale : comment comprendre que des accords soient signés et des feuilles de route adoptées alors que les populations continuent de subir les violences et attendent toujours le retour de la paix ?
Au cœur de cette tragédie, il a dénoncé la dévalorisation de la vie humaine face aux intérêts économiques liés aux ressources naturelles du pays. Le coltan, la cassitérite et l’or, qui devraient contribuer au développement et au bien-être des Congolais, deviennent, selon son analyse, des facteurs d’alimentation des conflits et des convoitises.
Le Cardinal a ainsi pointé une double injustice : à l’intérieur du pays, la concentration des richesses entre les mains d’une minorité face à la pauvreté de la majorité ; à l’extérieur, les intérêts étrangers qui convoitent les ressources congolaises.
Reprenant le cri lancé par le pape François lors de sa visite en RDC, le 31 janvier 2023, il a appelé à mettre fin au pillage de l’Afrique, rappelant que le continent ne peut être réduit à une mine à exploiter ou à une terre à dévaliser.
Le dialogue national, une nécessité incontournable
L’une des principales interpellations du Cardinal Ambongo concerne le dialogue national inclusif en RDC.
Rappelant l’initiative du « Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble », portée par l’Église catholique et l’Église du Christ au Congo, il a présenté cette démarche comme une méthode visant à écouter les blessures des différentes composantes de la société, à reconstruire la cohésion nationale et à rechercher un idéal commun au-delà des intérêts individuels ou politiques.
Il a également évoqué l’appel du chef de l’État, en juillet dernier, à l’organisation d’un dialogue national inclusif, ainsi que l’engagement des responsables religieux à contribuer à ce processus.
Cependant, le Cardinal déplore le blocage de cette initiative, notamment en raison des préalables, des lignes rouges et des exclusions qui empêchent les différentes parties de se retrouver autour d’une même table.
Tout en reconnaissant les blessures, les méfiances et les exigences de justice liées aux violences commises, il insiste sur une conviction fondamentale : la force militaire, à elle seule, ne peut garantir une paix durable.
« Un dialogue qui exclut ceux avec qui l’on est en guerre n’est pas un dialogue : c’est un monologue », a-t-il averti.
Cette déclaration constitue l’un des passages les plus marquants de son intervention. Elle rappelle que le dialogue ne signifie ni l’oubli des crimes ni l’abandon de la justice, mais la recherche d’une voie politique permettant de mettre fin aux violences et de construire un avenir commun.
Pour le prélat, la paix ne se négocie pas uniquement entre personnes qui partagent les mêmes convictions ou les mêmes intérêts. Elle exige surtout le courage de rencontrer ceux que l’on considère comme des adversaires afin de rechercher, malgré les divergences, une issue à la guerre.
Une interpellation adressée aux Congolais et à la communauté internationale
Le Cardinal Fridolin Ambongo ne s’est pas limité à dénoncer les responsabilités extérieures dans la crise congolaise. Il a également rappelé que les Africains, et particulièrement les Congolais, ont une responsabilité déterminante dans la recherche de la paix.
Aux dirigeants politiques de la RDC et de la région des Grands Lacs, il demande de rouvrir la voie du dialogue sans exclusions ni conditions préalables susceptibles de rendre les discussions impossibles.
À la communauté internationale, il lance un appel à dépasser les déclarations de principe pour s’attaquer concrètement aux circuits commerciaux qui contribuent au financement des conflits.
Aux croyants de toutes les religions, il demande de devenir des artisans de paix dans leurs discours, leurs communautés et leurs choix quotidiens.
Le Cardinal a également mis en garde contre la haine ethnique, les discours qui déshumanisent l’autre et la manipulation de la religion à des fins de justification de la violence. Selon lui, le désarmement des mains doit commencer par celui des cœurs et des esprits.
Floribert Bwana Chui, l’exemple d’une force qui ne tue pas
Pour illustrer la puissance de la conscience et de la foi, le prélat a évoqué le bienheureux Floribert Bwana Chui, jeune Congolais et membre de la Communauté de Sant’Egidio, béatifié en juin 2025.
Fonctionnaire des douanes à Goma, Floribert avait refusé de laisser entrer des denrées avariées susceptibles de mettre en danger la santé des populations pauvres. Il avait également refusé l’argent qui lui était proposé pour se taire, avant d’être assassiné en 2007.
Pour le Cardinal Ambongo, ce témoignage démontre que la véritable force ne réside pas nécessairement dans les armes, le pouvoir ou la richesse. Elle se manifeste aussi dans le courage de refuser la corruption, de défendre les plus vulnérables et de rester fidèle à sa conscience, même au prix de sa vie.
À travers cet exemple, il invite les Congolais à comprendre que la construction de la paix commence également par les choix individuels, l’intégrité morale et le refus de participer aux mécanismes qui entretiennent la souffrance humaine.
Une paix désarmée et désarmante pour sauver la RDC
Revenant sur le thème de son intervention, le Cardinal Fridolin Ambongo a défendu la vision d’une paix « désarmée et désarmante, humble et persévérante », une expression mise en avant par le pape Léon XIV.
Une paix désarmée, parce qu’elle ne repose pas sur la menace ; une paix désarmante, parce qu’elle est capable de toucher l’autre par la bonté et de transformer les rapports entre les hommes.
Cette conception appelle à un changement profond des mentalités, dans un pays où les blessures de la guerre, les divisions communautaires et les rivalités politiques compliquent la recherche d’une solution durable.
Le message du Cardinal dépasse ainsi le cadre d’une simple intervention devant une communauté religieuse internationale. Il constitue une interpellation adressée aux dirigeants, aux acteurs politiques, aux responsables religieux et à l’ensemble des citoyens congolais.
À l’heure où les populations de l’Est de la RDC continuent d’aspirer à la sécurité, à la dignité et au retour à une vie normale, son appel rappelle une vérité essentielle : aucune victoire militaire ne saurait remplacer une paix construite sur la justice, le dialogue et la réconciliation.
« La force des armes produit des vainqueurs et des vaincus, des veuves et des orphelins. La force du dialogue produit des frères », a conclu le Cardinal.
Un message fort, dont la portée mérite d’être largement diffusée et débattue dans toutes les provinces de la République démocratique du Congo. Car la paix ne peut devenir une réalité que si les Congolais, au-delà de leurs appartenances politiques, communautaires et religieuses, acceptent de se reconnaître comme les membres d’une même nation et de rechercher ensemble les voies d’un avenir commun.
Justin-Joël Maraeki
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